« Thomas Voeckler, comment avez-vous vécu les derniers kilomètres de la course ?
J'ai souvent été échappé et d'habitude, j'ai tendance à y croire. J'élabore des scénarios, je vois qui est présent, quelles peuvent être les alliances. Mais aujourd'hui (mercredi), je n'y ai jamais cru. Nous avions 35 secondes d'avance à plus de 30 kilomètres de l'arrivée. En plus, je savais que Hutarovich était le plus rapide au sprint. Dans le final, il n'y a pas eu 36.000 attaques. (...) Ignatiev, il n'est pas réputé pour son sens tactique mais pour sa force physique. Quand il a attaqué assez loin, je me suis dit : ''On va tous perdre''. Quand on prend de l'avance avec vent de face, c'est aussi dur pour ceux de derrière. Sur un rond-point, les trois autres (Ignatiev, Hutarovich et Kimmer) ont pris trop large à droite et j'ai attaqué en coupant au maximum. Ils se sont un peu observés et après j'ai tout mis.
Et à quoi avez-vous pensé avant de franchir la ligne ?
Je me suis retourné une dernière fois et je me suis dit : ''Savoure. Cela fait tellement longtemps que tu cours après''. C'est bon de savourer.
Cette étape semblait pourtant promise aux sprinteurs...
On savait qu'il y aurait des possibilités. Hier (mardi), toutes les équipes ont beaucoup travaillé. Je savais que les Saxo Bank n'ont pas forcément envie de travailler tous les jours pendant trois semaines. Au départ fictif, Cancellara m'a dit : ''On va voir pour aujourd'hui''. Il savait à qui il disait cela. (...) On n'allait pas devant pour la télé.
Cinq ans jour pour jour après avoir pris le Maillot Jaune, vous gagnez une étape sur le Tour. Cette attente a-t-elle été longue ?
Je ne suis pas un coureur de Tour. Le grand public ne me parle que du Maillot Jaune et je ne marquerai plus jamais autant les gens. A l'époque, je ne m'en rendais pas compte. Depuis, j'ai toujours été acteur sur le Tour. J'ai porté le maillot à pois, j'ai été échappé, j'ai fini dans les dix. Cette victoire, je courais après depuis un moment. Cela peut paraître long pour le Tour mais pas sur l'ensemble de la saison. (...) Depuis cinq ans, je n'ai pas perdu mon temps, j'ai fait des choses pas trop mal.
Avez-vous pensé à cette date-anniversaire au moment de partir à l'attaque ?
Non, je n'y ai pas pensé. On me l'a rappelé après la ligne. Je suis content pour BBox Bouygues Telecom. Car l'avenir de l'équipe n'est pas forcément assuré pour l'instant. Et le Tour est une vitrine. Alors si ça peut servir...»